A l'origine, les différents peuples de la Guinée Equatoriale étaient tous animistes, c'était le cas aussi bien des Bubi de l'île de Bioko que des Fang du Rio Muni.

 

 

 

 

 

 

 

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Un pays catholique

Le XIXe siècle a vu l'essor sur l'ensemble du golfe de Guinée des missions protestantes, anglaises et américaines menées par les pasteurs Joseph Merrick, Jackson Fuller et Alfred Saker. Ils profitent de la présence britannique en Guinée Equatoriale pour évangéliser les habitants et pour se servir de l'île de Bioko comme d'un tremplin qui va leur permettre de rayonner au Cameroun et au Nigeria.

Avec la reprise en main par les Espagnols de leurs anciennes terres africaines concédées par les Portugais à la fin du XVIIIe siècle, la religion catholique entre en force en Guinée Equatoriale.

Dès 1856, arrivent à Clarence Port (Malabo) le père Martinez y Sanz, ancien confesseur de la reine d'Espagne Isabelle II , et de nombreux prélats. Mais c'est en 1858, lorsque le capitaine de frégate Carlos Chacon prend officiellement les fonctions de gouverneur de l'île, que le catholicisme va s'assurer l'hégémonie religieuse dans le pays. Avec l'arrivée des Jésuites, la même année, les missions protestantes sont obligées de plier bagages et de se réimplanter sur le continent, en particulier au Cameroun.

Ainsi donc, depuis la deuxième moitié du XIXe siècle, la religion catholique est devenue en quelque sorte la religion officielle et aujourd'hui plus de 90% d'Equato-Guinéens la pratiquent. Deux cathédrales ont été bâties à Malabo et à Bata et le pays est divisé en diocèses où résident évêques et archevêques.

Les grands offices du dimanche revêtent un faste particulier au moment des grandes fêtes religieuses, Pâques, Noël. D'importants cortèges défilent exprimant la ferveur populaire des Equato-Guinéens. On y trouve des similitudes avec les rites pratiqués aux Etats Unis par les Noirs américains de Harlem ou de la Louisiane. Les chants rythmés par les tamtams rappellent les gospel song et les danses au cours de l'office ne sont pas sans évoquer aussi les messes Sud américaines.

 

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Le culte des ancêtres chez les Fang

Les Fang pratiquent traditionnellement le culte des ancêtres, des génies de la terre et de l'eau. Toutes ces forces qui dominent la vie de l'homme et imposent des sacrifices et des cérémonies de caractère magique.

Nsama est le dieu " bon ". Par les cérémonies du " ngui ", les Fang cherchent à connaître les causes de la mort. Par le culte " biere ", les hommes d'un clan peuvent intercéder auprès du dieu par l'entremise des ancêtres dont le crâne a été conservé.

Au début du XXe siècle est apparu un culte fang syncrétique qui, à travers l'assimilation d'éléments du christianisme, est une affirmation de l'identité fang. Il a pour nom " Bwiti " ou " Bwete ". Comme chez les Latins, qui autrefois rendaient des cultes aux dieux lares, la vie ne présente pas de coupure entre parents vivants et parents défunts.

C'est pourquoi les premiers rites d'une communauté sont ceux qui se rattachent au culte rendu à l'ancêtre géniteur de chaque lignage. Les rites sont l'objet d'une demande de bénédiction qui accompagne tous les gestes faits pour la vie du lignage et sont exécutés sur les reliques de l'ancêtre géniteur car telle est la prescription à laquelle tout chef de famille gardien des reliques ancestrales doit se soumettre pour protéger et promouvoir sa descendance.

Les cultes des ancêtres étaient visibles en de nombreuses occasions : au cours des cérémonies marquant les naissances et les décès ; lors des rites de guérison ; pour conjurer la stérilité et obtenir la fécondité des hommes et des femmes ; au cours des rites qui précédaient l'entrée en guerre.

Ces liens privilégiés avec les ancêtres ne concernaient pas uniquement les grands moments de la vie dans la communauté. La vie quotidienne était en effet comprise dans cette relation , à la veille ou au retour d'un voyage, avant de boire, avant d'entrer dans une maison, des formules récitées établissaient à tout moment la protection des ancêtres. 

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Un Syncrétisme local

Parmi les rituels les plus anciens, le Bwiti a tous les caractères d'un syncrétisme local. Il est issu du renouvellement du vieux culte des ancêtres " Monbe " et la découverte des vertus de la plante hallucinogène procurée par les Pygmées et des emprunts accumulés au cours des migrations qui ont précédé l'arrivée des Blancs.

Certains contes fang évoquent les malheurs de jeunes hommes partis au loin et se retrouvant privés du secours du " biere ", donc de la possibilité de fonder une famille et d'assumer la charge de leurs parents car dépossédés des crânes de leurs ancêtres par des clans rivaux.

Le bwiti des Fang s'est constitué par vagues successives. Lors d'une première étape, certains membres de l'ethnie fang prennent l'initiative d'adopter le culte bwiti à la place du biere, leur propre culte des ancêtres. Il faudra attendre les années trente et quarante pour qu'intervienne une seconde étape marquée par les l'innovations de personnages prosélytes, le souci de réforme liturgique et l'appropriation d'éléments empruntés au christianisme. Le foyer d'expansion du bwiti en pays fang se trouve dans la région de l'estuaire au Gabon.

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Un culte de la ville

A partir de là le mouvement de diffusion s'est étendu vers le nord du pays jusqu'en Guinée Equatoriale et au sud du Cameroun. C'est donc un culte de la ville que les nouveaux adeptes du bwiti amènent avec eux dans leurs villages. Dans les milieux fang de la région de l'estuaire, au Gabon ainsi qu'en Guinée Equatoriale, les missionnaires exerçaient une répression bien plus forte sur les jeunes adeptes du bwiti que sur ceux du biere et condamnaient très vite les rituels et les prosélytes à la clandestinité.

La dimension de société secrète réservée aux seuls initiés et soumise à l'ostracisme du catholicisme est essentielle à la compréhension des conditions de diffusion du bwiti dans la société fang du début du XXe siècle et le souvenir de la persécution domine encore la mémoire collective des bwitistes d'aujourd'hui.

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